Introduction – La transition écologique n’est plus une option, c’est un enjeu business
Pendant longtemps, la transition écologique a été abordée en entreprise sous l’angle des « petits gestes » : réduire les déplacements, éteindre les lumières, optimiser la consommation d’énergie. Des actions utiles, mais largement insuffisantes face à l’ampleur du défi climatique. Comme le rappelle Antoine Poincaré dans l’épisode 43 de Markoeur, le changement climatique est avant tout un sujet stratégique, économique et organisationnel.
Former ses équipes aux enjeux climatiques n’est plus un luxe ni un sujet réservé aux directions RSE. C’est une condition pour anticiper les risques, transformer les modèles économiques et rester compétitif dans un monde marqué par la fin de l’abondance, la pression réglementaire et l’évolution rapide des attentes sociétales.
I. Pourquoi la formation climatique est devenue un enjeu majeur pour les entreprises
-1. Le climat s’invite dans toutes les décisions stratégiques
« Le climat rentre un peu partout », explique Antoine Poincaré. Il ne concerne plus uniquement les équipes environnement ou RSE. Marketing, communication, finance, RH, achats, logistique : aucun métier n’est épargné. Les entreprises doivent composer avec des contraintes nouvelles : raréfaction des ressources, tensions sur l’énergie, évolution des comportements de consommation, risques physiques (canicules, inondations, sécheresses).
Dans ce contexte, former uniquement quelques experts internes crée un décalage dangereux entre la stratégie affichée et la réalité opérationnelle.
-2. Former pour ne plus subir
L’inaction coûte déjà plus cher que l’action. Les entreprises qui tardent à intégrer le climat dans leurs décisions s’exposent à des risques multiples : réputationnels, financiers, réglementaires et humains. La formation permet de passer d’une posture défensive à une logique d’anticipation.
Comme le souligne Antoine Poincaré : « La transition écologique n’est pas une contrainte, c’est une opportunité stratégique pour celles et ceux qui s’en saisissent à temps. »
II. AXA Climate School : former massivement pour transformer en profondeur
-1. La genèse d’AXA Climate School
AXA Climate est née en 2019, avec une intuition forte : l’assurance seule ne suffira pas à répondre à l’ampleur du choc climatique. Mutualiser les risques ne remplace pas l’anticipation et l’adaptation. AXA Climate School voit le jour avec un objectif clair : former massivement les collaborateurs aux enjeux climatiques, à partir de données scientifiques robustes et de formats pédagogiques engageants.
Antoine Poincaré rejoint le projet en 2021, fort d’une expérience dans la production audiovisuelle et la formation en ligne lors de la transformation digitale des années 2010.
-2. Une pédagogie inspirée des codes des médias
Contrairement à l’image parfois austère de la formation e-learning, AXA Climate School mise sur la qualité des contenus. Antoine le résume ainsi :
« On a trop longtemps accepté un appauvrissement de la qualité des contenus. Former, ce n’est pas ennuyer. »
Les formations reposent sur trois niveaux :
- l’échelle planétaire et scientifique,
- l’échelle de l’entreprise,
- l’échelle métier.
Objectif : permettre à chacun de comprendre ce que le climat change concrètement dans son quotidien professionnel.
III. Former tous les métiers : une condition de réussite
-1. Du marketing aux RH, aucun métier n’est neutre
La transition écologique ne peut pas être portée par une poignée de convaincus. Le marketing questionne l’utilité des offres, la communication interroge les récits, les RH accompagnent les transformations de compétences, la finance arbitre les investissements.
Former l’ensemble des collaborateurs permet de créer un socle commun de compréhension, indispensable pour éviter les injonctions contradictoires.
-2. Le marketing durable comme marqueur de santé de l’entreprise
Le marketing durable, tel que défendu dans Markoeur, devient un indicateur clé de la maturité d’une entreprise. Former les équipes marketing aux enjeux climatiques, c’est leur donner les moyens de repenser la proposition de valeur, d’éviter le greenwashing et d’anticiper l’évolution des usages.
IV. Sobriété, croissance et redirection écologique
-1. Sortir du modèle de croissance automatique
L’un des freins majeurs à la transition reste la difficulté à sortir d’un modèle basé sur la croissance continue. La sobriété est souvent perçue comme un renoncement. Antoine Poincaré propose une autre lecture : la sobriété comme opportunité de réinvention.
« La voiture électrique est peut-être l’avenir de la voiture, mais la voiture n’est peut-être pas l’avenir de la mobilité. »
-2. Rediriger plutôt que verdir à la marge
Réduire son empreinte ne suffit plus. Les entreprises doivent réfléchir à leur redirection écologique : comment leur activité peut contribuer positivement à la société et aux écosystèmes, plutôt que simplement limiter les dégâts.
V. Adaptation au changement climatique : un enjeu sous-estimé
-1. Anticiper les risques physiques
Canicules, inondations, pénuries d’eau : les risques climatiques ont déjà des impacts directs sur l’activité économique. AXA Climate accompagne les entreprises pour analyser l’évolution du climat site par site, à horizon 2030 ou 2050.
-2. Forêts et sols : un sujet clé pour les années à venir
Antoine Poincaré insiste sur un point souvent sous-estimé : la capacité des forêts et des sols à capter le carbone.
« On a fait une très mauvaise année de captation carbone en 2023. »
La préservation des écosystèmes devient un enjeu stratégique, bien au-delà du simple discours environnemental.
VI. Communication, greenwashing et nouveaux récits
-1. Dire moins, faire mieux
Former les équipes permet aussi d’éviter les dérives de communication. Le greenwashing est rarement intentionnel ; il naît souvent d’une mauvaise compréhension des enjeux.
La communication responsable repose sur un principe simple : faire d’abord, dire ensuite, et accepter l’imperfection.
-2. Les « dévendeurs » et la fin des récits incitatifs
Certaines campagnes publiques ont commencé à questionner frontalement la surconsommation. Un signal fort : les récits marketing doivent évoluer, quitte à bousculer les modèles traditionnels.
Conclusion – Former pour transformer durablement
Former ses équipes aux enjeux climatiques, ce n’est pas cocher une case RSE. C’est préparer l’entreprise à un monde radicalement différent. La connaissance devient un levier de résilience, d’innovation et d’engagement collectif.
Comme le résume Antoine Poincaré :
« L’ignorance nous mène dans le mur. La connaissance nous permet de comprendre et de mettre en route les solutions. »
Récap Bonnes pratiques pour dirigeants et managers
Former et engager ses équipes sur les enjeux climatiques
- Intégrer le climat comme sujet stratégique, pas uniquement RSE
- Former l’ensemble des collaborateurs, pas seulement les experts
- Adapter la formation aux métiers et aux réalités opérationnelles
- Relier climat, business model et proposition de valeur
- Anticiper les risques climatiques physiques et économiques
- Accepter la sobriété comme levier d’innovation
- Éviter le greenwashing par la pédagogie interne
- S’appuyer sur des données scientifiques fiables
- Faire de la formation un processus continu
- Donner du sens pour engager durablement les équipes
Retrouvez d’autres épisodes du podcast Markoeur autour de la RSE :
- N°10 – Tourisme durable : Adapter le marketing aux enjeux du tourisme responsable
- N°14 – Pasquine Albertini : Ancrage territorial et influence des entreprises
- N°15 – Benoît Lebot : Transition énergétique et mutations marketing profondes
- N°17 – Produrable 2023 : Huit conférences pour accélérer la transition
- N°18 – Emma Scribe : Clés marketing du succès Team for the Planet
- N°19 – Olivier Dauvers : Grande distribution et responsabilité collective
- N°21 – Marion Kulczycki : Structurer des achats responsables efficacement
- N°28 – Sylvain Waserman : L’ADEME moteur de transition écologique
- N°35 – Noël Bauza : Piloter efficacement ses indicateurs RSE
- N°38 – Laurent Barbezieux : Comprendre et réduire l’empreinte carbone
- N°39 – Philippe Jourdan : RSE et souveraineté économique expliquées
- N°43 – Antoine Poincaré : Former les équipes aux enjeux climatique
- N°46 – Sabine Jean Dubourg : Les achats responsables transforment durablement l’entreprise
- N°47 – Alan Fustec : Réinventer l’entreprise par la RSE
- N°48 – Fabrice Bisson : Le vélo électrique comme levier d’image
- N°50 – EcoVadis : Comprendre la notation RSE des entreprises
- N°53 – Produrable 2025 : Cinq conférences pour accélérer la transition
- N°55 – Valérie Jourdan : Redonner du sens à la RSE

