Supprimer nos pensées négatives au bénéfice de projets RSE

Introduction – Quand les blocages psychologiques freinent les projets RSE

La transformation des entreprises vers des modèles plus durables ne repose pas uniquement sur des stratégies, des outils ou des indicateurs. Elle dépend aussi fortement d’un facteur souvent sous-estimé : l’état d’esprit des individus et des équipes.

Dans de nombreuses organisations, les projets de transformation – qu’ils concernent la RSE, la transition écologique ou l’évolution du business model – se heurtent à des résistances internes. Peur du changement, pessimisme, manque de confiance ou croyances limitantes peuvent ralentir l’adoption de nouvelles pratiques.

Dans cet épisode du podcast Markoeur, j’échange avec Christophe Medici, psychosociologue, formateur et conférencier, spécialiste des dynamiques relationnelles et de la communication interpersonnelle.

Son approche repose sur une idée forte : nos pensées influencent directement nos comportements, nos décisions et nos résultats.

Comme il le souligne :

« L’enfer, ce n’est pas les autres… l’enfer, c’est votre saboteur. »

Comprendre ces mécanismes psychologiques devient alors essentiel pour réussir les transformations organisationnelles et embarquer les équipes dans des projets de changement, notamment autour de la RSE.

 

I. Le saboteur intérieur : un frein invisible dans les entreprises

-1. Des pensées qui influencent nos décisions

Chaque individu produit en permanence des pensées. Selon les neurosciences, un être humain peut générer environ 60 000 pensées par jour.

Ces pensées façonnent notre manière d’interpréter la réalité et influencent directement nos décisions.

Christophe Medici explique que ces pensées peuvent devenir de véritables programmes mentaux qui conditionnent nos comportements.

« L’être humain est avant tout un créateur de pensées. »

Dans un contexte professionnel, ces programmes mentaux peuvent par exemple générer :

• de la peur face au changement

• de la méfiance envers les nouveaux projets

• une résistance à l’innovation

Or, les projets de transformation – notamment ceux liés à la transition écologique – nécessitent souvent de sortir des habitudes et des modèles existants.

-2. Les pensées automatiques négatives

L’un des concepts centraux évoqués par Christophe Medici concerne les pensées automatiques négatives.

Ces pensées apparaissent spontanément lorsque les équipes sont confrontées à un projet de transformation.

Par exemple :

• « On n’y arrivera jamais »

• « L’entreprise n’a pas les moyens »

• « On a déjà essayé et ça n’a pas marché »

Ces réactions peuvent sembler anodines, mais elles influencent fortement la dynamique collective.

Lorsque ces pensées dominent, elles peuvent freiner l’engagement des équipes et compromettre la réussite des projets.

 

II. L’importance de la qualité des relations dans l’entreprise

-1. Le climat relationnel comme facteur de performance

Pour Christophe Medici, les difficultés rencontrées dans les entreprises ne sont pas uniquement liées à des problèmes organisationnels ou stratégiques.

Selon lui, près de 90 % des problèmes dans les organisations sont liés à la communication.

Les tensions relationnelles peuvent avoir de nombreuses conséquences :

• stress au travail

• conflits entre collaborateurs

• démotivation

• désengagement

Dans les situations les plus extrêmes, ces tensions peuvent conduire à des risques psychosociaux importants, comme le burn-out.

Le climat relationnel devient alors un élément central de la performance des organisations.

 

-2. L’écologie relationnelle

Christophe Medici développe une approche qu’il appelle l’écologie relationnelle.

L’idée est simple : de la même manière que l’écologie environnementale consiste à préserver les ressources naturelles, l’écologie relationnelle vise à préserver la qualité des interactions humaines.

Cette approche repose sur deux dimensions :

• la communication avec les autres

• la communication avec soi-même

La communication interne – ce que l’on se dit à soi-même – joue un rôle déterminant dans notre manière d’agir et de réagir face aux situations.

 

III. Le lien entre mindset et réussite des projets

-1. L’équation P-P-E-D-A-R

Pour expliquer l’impact des pensées sur les résultats, Christophe Medici propose une équation simple :

P – P – E – D – A = R

Cette équation signifie :

• P : pensées

• P : programmes mentaux

• E : émotions

• D : décisions

• A : actions

• R : résultats

Selon cette logique, les résultats obtenus dans une organisation ne dépendent pas uniquement des actions réalisées, mais aussi des pensées et des émotions qui les précèdent.

Si les pensées sont dominées par la peur ou le pessimisme, les décisions prises risquent d’être moins ambitieuses et les actions moins efficaces.

 

-2. L’importance de passer à l’action

L’un des messages clés de Christophe Medici concerne l’importance de l’action.

Dans le monde professionnel, attendre d’avoir toutes les réponses avant d’agir peut conduire à l’immobilisme.

Comme le rappelle souvent l’adage :

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à des résultats différents. »

Les entreprises doivent donc encourager leurs équipes à expérimenter, tester et ajuster leurs actions.

Cette dynamique d’apprentissage permet d’avancer progressivement vers les objectifs fixés.

 

    IV. Les biais psychologiques qui influencent les comportements

    -1. Le biais de conformité

    Le biais de conformité correspond à la tendance des individus à adopter les comportements du groupe.

    Christophe Medici évoque par exemple le cas d’une décharge sauvage : si tout le monde jette ses déchets au même endroit, les individus auront tendance à reproduire ce comportement.

    Ce mécanisme peut également s’observer dans les organisations.

    Lorsque certaines pratiques sont considérées comme normales, il devient difficile pour les collaborateurs de s’y opposer, même si elles sont contraires aux valeurs de l’entreprise.

     

    -2. L’immaturité émotionnelle

    Un autre facteur évoqué dans l’épisode concerne l’immaturité émotionnelle.

    Certaines personnes peuvent adopter des comportements peu constructifs dans l’entreprise :

    • refus d’assumer leurs erreurs
    • critique permanente des collègues
    • fonctionnement en clans

    Ces dynamiques relationnelles peuvent fragiliser la cohésion des équipes et ralentir les projets collectifs.

     

    V. Transformer les mentalités pour réussir les projets RSE

    -1. La responsabilisation des collaborateurs

    Pour réussir les transformations organisationnelles, il est essentiel de responsabiliser les équipes.

    Lorsque les collaborateurs disposent d’une réelle autonomie, ils peuvent :

    • développer leur créativité
    • proposer des solutions
    • s’approprier les projets

    Cette responsabilisation renforce également le sentiment d’utilité et d’engagement.

     

    -2. La reconnaissance comme levier de motivation

    Christophe Medici insiste également sur l’importance de la reconnaissance dans le monde du travail.

    Selon lui, les collaborateurs attendent deux formes de rétribution :

    • une rétribution financière
    • une rétribution symbolique

    La reconnaissance constitue un facteur essentiel pour préserver la santé mentale et l’engagement des équipes.

     

    Conclusion – L’état d’esprit, un levier sous-estimé de la transformation des entreprises

    Les projets de transformation – qu’il s’agisse de RSE, de transition écologique ou d’évolution des modèles économiques – reposent en grande partie sur la capacité des équipes à adopter de nouvelles façons de penser et d’agir.

    L’échange avec Christophe Medici rappelle que les dynamiques psychologiques et relationnelles jouent un rôle majeur dans la réussite des organisations.

    Comprendre nos mécanismes mentaux, apprendre à dépasser les pensées négatives et développer des relations de qualité constituent des leviers puissants pour accompagner les transformations.

    Car au fond, les entreprises qui réussissent les transitions ne sont pas seulement celles qui disposent des meilleures stratégies.

    Ce sont aussi celles qui savent mobiliser l’intelligence collective et la confiance de leurs équipes.

     

    Récap – Bonnes pratiques pour dirigeants et managers

    • Identifier les pensées négatives qui freinent les projets collectifs
    • Encourager un état d’esprit positif et constructif dans les équipes
    • Développer une communication claire et respectueuse
    • Favoriser un climat relationnel sain dans l’entreprise
    • Responsabiliser les collaborateurs dans les projets
    • Valoriser les réussites et reconnaître les contributions
    • Encourager l’expérimentation et l’apprentissage
    • Accompagner les équipes dans la conduite du changement
    • Former les managers à la communication et à l’intelligence relationnelle
    • Considérer la qualité des relations comme un facteur clé de performance

     

     

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