Quand l’IA fait basculer le numérique dans une nouvelle ère 

Introduction –  Le numérique n’est plus seulement un outil. 


Avec l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, il est devenu un acteur à part entière de nos décisions économiques, sociales et politiques. 

En quelques mois, l’IA générative s’est invitée dans les pratiques professionnelles : création de contenus, aide à la décision, automatisation des tâches, analyse de données, relation client. Une promesse immense de productivité et d’efficacité. Mais aussi un accélérateur de dépendances, de consommation de ressources et de concentration du pouvoir. 

Car derrière chaque usage de l’IA se cachent des réalités souvent invisibles : 

  • des data centers toujours plus énergivores, 
  • une explosion des volumes de données collectées et traitées, 
  • une dépendance accrue à des infrastructures et des acteurs extra-européens, 
  • et des questions éthiques majeures sur la gouvernance, la transparence et la souveraineté. 

        L’IA n’est pas immatérielle. Elle repose sur des ressources physiques, des choix politiques, des modèles économiques et des arbitrages stratégiques. Et ces choix engagent directement la responsabilité des entreprises. 

        Pourtant, dans de nombreuses démarches RSE, l’intelligence artificielle reste soit absente, soit abordée uniquement sous l’angle de l’innovation ou de la conformité. Comme si la technologie pouvait rester neutre. Comme si l’on pouvait dissocier performance, impact environnemental et pouvoir sur la donnée. 

        Cet article propose de changer de regard. 
        À partir des réflexions partagées dans l’épisode 56 Markoeur avec Nathalie Bordeau, il invite à une prise de conscience : le numérique et l’IA sont désormais des enjeux centraux de la RSE. 

        Parce qu’à l’ère de l’intelligence artificielle, ne pas questionner ses choix numériques, c’est déjà renoncer à une part de sa responsabilité… et de sa souveraineté. 

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        l’angle IA & souveraineté européenne, tout en restant cohérente avec l’ADN Markoeur : stratégique, lucide, pédagogique et orientée responsabilité des entreprises. 

         

        I. Numérique, IA et RSE : un impensé stratégique devenu critique 

        L’intelligence artificielle agit comme un révélateur. 
        Elle met en lumière ce que le numérique portait déjà en germe depuis des années : une reconfiguration profonde des rapports de pouvoir, économiques, politiques et informationnels. 

        Longtemps, les entreprises ont abordé le numérique sous l’angle de l’optimisation : 

        • automatiser plus vite, 
        • produire plus efficacement, 
        • analyser davantage de données. 

            Avec l’IA, cette logique change d’échelle. 
            Ce qui était un outil devient un système structurant, capable d’influencer : 

            • les décisions stratégiques, 
            • les comportements des consommateurs, 
            • les choix d’investissement, 
            • les orientations industrielles. 

                  Dans ce contexte, continuer à exclure l’IA des réflexions RSE n’est plus une option. C’est une faille stratégique. 

                   

                  II. L’IA n’est pas neutre : elle matérialise des choix politiques et économiques 

                  Derrière chaque intelligence artificielle se cache une chaîne de décisions : 

                  • qui conçoit les modèles ? 
                  • avec quelles données ? 
                  • sur quelles infrastructures ? 
                  • selon quels objectifs économiques et géopolitiques ? 

                        L’IA n’est pas seulement un algorithme. 
                        Elle est le produit : 

                        • d’une vision du monde, 
                        • d’un cadre juridique, 
                        • d’une concentration du capital, 
                        • d’un accès inégal aux ressources. 

                              Aujourd’hui, l’immense majorité des modèles d’IA générative utilisés en Europe reposent sur des technologies : 

                              • américaines, 
                              • ou, dans une moindre mesure, chinoises. 

                                Cela signifie concrètement que : 

                                • les données européennes nourrissent des modèles non européens, 
                                • la valeur créée échappe largement au territoire, 
                                • et les règles du jeu sont fixées ailleurs. 

                                    Pour les entreprises européennes, la question n’est donc plus faut-il utiliser l’IA ? 
                                    Mais dans quelles conditions, avec quel niveau de dépendance et quels risques assumés. 

                                     

                                    III. Souveraineté numérique : un enjeu européen, pas un luxe idéologique 

                                    La souveraineté numérique est parfois caricaturée comme un réflexe protectionniste ou technophobe. 
                                    En réalité, elle est une condition de résilience économique et démocratique. 

                                    H3 Souveraineté ne signifie pas autarcie 

                                    Il ne s’agit pas de rejeter toute technologie étrangère, mais de : 

                                    • comprendre les dépendances, 
                                    • diversifier les solutions, 
                                    • reprendre la maîtrise des données critiques, 
                                    • et préserver une capacité de choix. 

                                          Sans souveraineté minimale, il n’y a ni autonomie stratégique, ni sécurité à long terme. 

                                          IV. IA, cloud et dépendance structurelle de l’Europe 

                                          L’Europe accuse un retard structurel sur : 

                                          • les infrastructures cloud, 
                                          • les capacités de calcul, 
                                          • les investissements massifs dans l’IA. 

                                              Ce retard n’est pas seulement technologique. 
                                              Il est aussi politique et économique. 

                                              Lorsque des data centers s’installent sur le sol européen mais sont financés, gouvernés et exploités par des capitaux extra-européens, la question de la souveraineté reste entière. 
                                              L’empreinte environnementale est locale, la valeur et le contrôle ne le sont pas. 

                                               

                                              V. IA et RSE : un angle mort des stratégies d’entreprise 

                                              -1. Une IA énergivore et extractive 

                                              L’intelligence artificielle repose sur : 

                                              • une explosion de la consommation énergétique, 
                                              • une dépendance accrue aux métaux rares, 
                                              • une intensification de l’extraction minière. 

                                                  Chaque modèle entraîné a un coût environnemental réel, souvent sous-estimé. 
                                                  Or, rares sont les entreprises qui intègrent ces impacts dans leur reporting RSE ou leurs décisions d’outillage. 

                                                  Parler d’IA responsable sans parler d’empreinte carbone, de ressources et de sobriété est un contresens. 

                                                  -2. Une IA qui concentre le pouvoir 

                                                  L’IA favorise une concentration inédite : 

                                                  • des données, 
                                                  • des capacités de calcul, 
                                                  • des compétences. 

                                                      Cette concentration pose un enjeu majeur de gouvernance : 

                                                      • qui décide ? 
                                                      • qui contrôle ? 
                                                      • qui bénéficie réellement de la valeur créée ? 

                                                          Pour l’Europe, laisser ces questions sans réponse, c’est accepter une forme de déclassement stratégique. 

                                                           

                                                          VI. Données et IA : la nouvelle frontière de la souveraineté 

                                                          L’IA se nourrit de données. 
                                                          Sans données, pas de modèles performants. 
                                                          Et celui qui contrôle les données contrôle l’IA. 

                                                          Pour les entreprises européennes, la donnée n’est plus seulement un actif économique. 
                                                          Elle est devenue un enjeu de souveraineté. 

                                                          -1. « Je n’ai rien à cacher » : une erreur stratégique 

                                                          Les données prises isolément peuvent sembler anodines. 
                                                          Mais leur agrégation, leur croisement et leur analyse par l’IA révèlent : 

                                                          • des stratégies industrielles, 
                                                          • des innovations, 
                                                          • des comportements, 
                                                          • des faiblesses exploitables. 

                                                                À l’ère de l’IA, il n’existe plus de données réellement insignifiantes. 

                                                                -2. Cybersécurité et IA : un risque démultiplié 

                                                                L’IA ne crée pas les risques cyber, mais elle les amplifie : 

                                                                • automatisation des attaques,
                                                                • ingénierie sociale plus crédible, 
                                                                • exploitation massive des failles humaines. 

                                                                    Le principal point de vulnérabilité reste l’humain. 
                                                                    Sans formation, sans culture du risque, sans gouvernance claire, l’IA devient un facteur aggravant. 

                                                                     

                                                                    VII. PME, ETI, collectivités : en première ligne 

                                                                    Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les grands groupes les plus exposés. 
                                                                    Ce sont : 

                                                                    • les PME, 
                                                                    • les ETI, 
                                                                    • les collectivités territoriales. 

                                                                        Elles cumulent : 

                                                                        • forte valeur informationnelle, 
                                                                        • faibles moyens de protection, 
                                                                        • dépendance à des solutions clés en main. 

                                                                            Dans un contexte de montée en puissance de l’IA, cette fragilité devient critique. 

                                                                            La souveraineté numérique ne se joue pas uniquement à Bruxelles ou dans les ministères. 
                                                                            Elle se joue dans les choix quotidiens des organisations locales. 

                                                                             

                                                                            VIII. Gouvernance de l’IA : un sujet de direction générale 

                                                                            L’un des enseignements majeurs est clair : 
                                                                            l’IA ne peut pas être uniquement pilotée par la DSI. 

                                                                            Elle engage : 

                                                                            • la stratégie, 
                                                                            • la RSE, 
                                                                            • la conformité, 
                                                                            • l’éthique, 
                                                                            • la réputation, 
                                                                            • la résilience économique. 

                                                                                      Cela suppose : 

                                                                                      • une gouvernance transversale, 
                                                                                      • des arbitrages assumés, 
                                                                                      • une implication directe des dirigeants. 

                                                                                          La question n’est pas seulement que peut faire l’IA ? 
                                                                                          Mais que voulons-nous qu’elle fasse — et surtout, qu’elle ne fasse pas. 

                                                                                           

                                                                                          IX. Compétences et responsabilité sociale à l’ère de l’IA 

                                                                                          L’IA transforme profondément le travail : 

                                                                                          • automatisation de certaines tâches, 
                                                                                          • évolution des métiers, 
                                                                                          • besoin de nouvelles compétences critiques. 

                                                                                              Ignorer cette transformation est un risque social majeur. 

                                                                                              Former, accompagner, requalifier n’est pas un coût. 
                                                                                              C’est un investissement RSE stratégique, indispensable pour éviter : 

                                                                                              • l’exclusion, 
                                                                                              • la perte de sens, 
                                                                                              • la fracture numérique interne. 

                                                                                                   

                                                                                                  Conclusion – L’IA comme test de maturité RSE et politique 

                                                                                                  L’intelligence artificielle agit comme un test de vérité. 

                                                                                                  Elle révèle : 

                                                                                                  • la cohérence réelle des stratégies RSE, 
                                                                                                  • la capacité des entreprises à penser long terme, 
                                                                                                  • la volonté — ou non — de préserver une souveraineté européenne. 

                                                                                                      Le numérique et l’IA ne sont ni bons ni mauvais. 
                                                                                                      Ils sont puissants. 

                                                                                                      Et face à la puissance, la neutralité n’existe pas. 

                                                                                                      Pour les entreprises européennes, intégrer l’IA dans une démarche RSE exigeante, c’est : 

                                                                                                      • reprendre le contrôle sur ses choix, 
                                                                                                      • contribuer à une autonomie collective, 
                                                                                                      • et assumer pleinement sa responsabilité économique, sociale et politique. 

                                                                                                          Car à l’ère de l’IA, ne pas choisir, c’est laisser d’autres choisir à notre place. 

                                                                                                          À retenir : 

                                                                                                          • Le numérique n’est pas neutre 
                                                                                                          • La donnée = richesse stratégique 
                                                                                                          • 71 % d’augmentation des cyberattaques 
                                                                                                          • Le premier risque cyber est humain 
                                                                                                          • PME et collectivités = plus exposées 
                                                                                                          • Numérique responsable = gouvernance + formation + choix d’outils 

                                                                                                          Retrouvez d’autres épisodes du podcast Markoeur autour du Numérique Responsable :