Transition énergétique : comprendre pour agir et décider autrement en entreprise 

La transition énergétique n’est plus une option, c’est une condition de survie 

La transition énergétique est souvent perçue comme un sujet technique, réservé aux experts, aux ingénieurs ou aux politiques publiques. Pourtant, comme le rappelle Benoît Lebot dans l’épisode 15 de Markoeur, l’énergie est le cœur battant de nos sociétés modernes. Sans énergie, pas de mobilité, pas de production, pas de confort, pas de développement économique. 

Or, notre modèle repose encore aujourd’hui à 80 à 85 % sur des énergies fossiles, responsables à la fois du dérèglement climatique et de multiples pollutions. Dans un monde où la population a été multipliée par 4 entre 1900 et 2000, la consommation d’énergie, elle, a été multipliée par 16. Cette trajectoire n’est tout simplement pas soutenable. 

Dans cet épisode fondateur de Markoeur, Benoît Lebot apporte un éclairage scientifique, pédagogique et profondément humain sur les enjeux de la transition énergétique. Un échange précieux pour les dirigeants, managers, équipes marketing et communication qui souhaitent comprendre avant d’agir. 

 

I. Énergie et climat : comprendre les fondamentaux scientifiques 

-1. L’énergie, « le sang dans les veines de l’économie » 

« L’énergie, c’est le sang dans les veines de l’économie », explique Benoît Lebot. Chaque activité humaine – se chauffer, se déplacer, produire, communiquer – dépend directement de l’énergie. La question n’est donc pas de savoir si nous devons consommer de l’énergie, mais comment nous la produisons et combien nous en consommons. 

Aujourd’hui, retirer ne serait-ce que quelques points d’énergie au PIB suffirait à faire s’effondrer de nombreux systèmes. D’où l’urgence de transformer le modèle sans casser la prospérité. 

-2. Effet de serre : pourquoi quelques degrés changent tout 

Sans gaz à effet de serre, la température moyenne sur Terre serait de -18 °C. Grâce à cette fine couche gazeuse, elle est d’environ +15 °C. Le problème n’est donc pas l’effet de serre en soi, mais son amplification artificielle par les activités humaines. 

Le CO₂, le méthane ou le protoxyde d’azote restent dans l’atmosphère des dizaines à des centaines d’années, contre 10 jours seulement pour la vapeur d’eau. Chaque émission s’accumule, épaississant la « couverture » autour de la planète. 

Résultat : un réchauffement déjà mesuré de +1,2 °C depuis 1750, avec des conséquences visibles : sécheresses, canicules, inondations, incendies, éboulements de terrain. 

 

II. Limites planétaires et urgence d’agir maintenant 

-1. Bien au-delà du climat 

Le changement climatique n’est qu’un élément d’un ensemble plus vaste : les limites planétaires. Biodiversité, qualité de l’air, ressources en eau, sols, océans… Tous ces équilibres sont aujourd’hui fragilisés. 

Benoît Lebot insiste : « Rien de ce que nous voyons aujourd’hui n’est ambigu. Le dérèglement climatique est une réalité dont nous sommes les premiers responsables. » 

-2. 2 tonnes de CO par habitant : la boussole 

La nature est capable d’absorber, en France, environ 2 tonnes de CO₂ par habitant et par an. Or, nous en émettons aujourd’hui environ 10 tonnes. 

L’objectif collectif est clair : revenir autour de 2 tonnes d’ici 2050 pour limiter le réchauffement. Cette cible devient une boussole pour les politiques publiques… mais aussi pour les entreprises. 

 

III. Entreprises : mesurer avant de transformer 

-1. L’entrée dans l’économie de la connaissance 

« Nous n’avons plus le droit d’ignorer », affirme Benoît Lebot. La première étape de toute transition est la connaissance : bilans carbone, bilans environnementaux, tableaux de bord. 

Scopes 1, 2 et 3 permettent de comprendre : 

  • ce qui est émis directement sur site, 
  • ce qui est lié à l’énergie consommée, 
  • ce qui dépend de la chaîne de valeur et de l’usage des produits. 

      -2. Des gisements de rentabilité insoupçonnés 

      Faire un bilan révèle souvent des aberrations : équipements qui tournent inutilement, éclairages actifs la nuit, bâtiments tertiaires consommant jusqu’à 40 % de leur électricité en dehors des heures d’activité. 

      Ces constats ouvrent la voie à des économies immédiates, sans attendre de ruptures technologiques. 

       

      IV. Innovation, normes et règles du jeu collectives 

      -1. Quand la norme stimule l’innovation 

      Contrairement aux idées reçues, Benoît Lebot défend l’idée que les normes environnementales stimulent l’innovation. Plus les règles sont claires et exigeantes, plus les acteurs économiques innovent. 

      L’exemple emblématique reste l’étiquette énergie, mise en place en 1992. Initialement contestée, elle a profondément transformé l’offre des fabricants, bien plus que les comportements des consommateurs. 

      -2. De l’éco-conception à l’économie de service 

      La directive européenne sur l’éco-conception impose désormais de penser les produits sur l’ensemble de leur cycle de vie : fabrication, usage, fin de vie. 

      Cette logique ouvre la voie à l’économie de service : vendre un usage plutôt qu’un bien. Photocopieurs facturés à la page, mobilité en leasing, chauffage comme service… autant de modèles compatibles avec la sobriété et la prospérité. 

       

      V. Mobilité, numérique et sobriété choisie 

      -1. Priorité aux mobilités douces 

      Vélo, vélo électrique, transports en commun : les solutions existent. Les pistes cyclables sécurisées sont identifiées comme le premier levier d’adoption massive. Le vélo électrique, en particulier, change radicalement les usages.

       

      -2. Numérique et énergie : un paradoxe à maîtriser 

      Le numérique représente aujourd’hui 2 à 5 % de la consommation mondiale d’électricité, et cette part augmente. Streaming, emails (dont plus de la moitié seraient des spams), data centers : rien n’est immatériel. 

      Mais la digitalisation peut aussi devenir un allié de la transition, notamment pour piloter en temps réel les réseaux énergétiques, gérer l’intermittence des renouvelables ou optimiser les mobilités. 

       

      Conclusion – La transition passera par la connaissance et le cœur 

      La transition énergétique n’est pas qu’un sujet de technologies ou de réglementations. Elle est avant tout une transformation culturelle, collective et émotionnelle. 

      Comme le résume Benoît Lebot : « L’ignorance nous mène dans le mur. La connaissance nous permet de nous mettre en route. » 

      Former, comprendre, mesurer, puis décider autrement : voilà le chemin que peuvent emprunter les entreprises pour rester prospères dans un monde sous contraintes. 

       

      Récap – Bonnes pratiques pour dirigeants et managers 

      Intégrer la transition énergétique dans les décisions stratégiques 

      • Accepter la réalité scientifique du dérèglement climatique 
      • Mesurer son impact (bilans carbone, scopes 1, 2, 3) 
      • Identifier les gaspillages énergétiques immédiats 
      • Nommer un référent énergie ou RSE 
      • Investir dans l’efficacité avant la compensation 
      • Intégrer la sobriété comme levier de performance 
      • Penser en cycles de vie et non en coûts d’achat 
      • Anticiper les normes plutôt que les subir 
      • Former dirigeants et équipes aux enjeux énergétiques 
      • Mettre la technologie et le numérique au service de la transition 

      Retrouvez d’autres épisodes du podcast Markoeur autour de la RSE :