Et si la vraie rentrée était celle du sens ?
La rentrée de septembre a souvent un goût paradoxal. À peine revenus de congés, nous nous sentons déjà fatigués, happés par les mails, les dossiers en attente et la pression du quotidien. Pourtant, cette période charnière est aussi une opportunité unique : celle de repenser nos façons de travailler, nos priorités et le sens que nous donnons à nos métiers.
Dans l’épisode 51 de Markoeur, j’ai choisi un ton plus personnel, écrit au fil de l’été, entre fatigue accumulée, besoin de ralentir et réflexions profondes sur le rôle du marketing dans un monde sous contraintes écologiques, sociales et humaines. Après plus de 50 épisodes consacrés au marketing durable, une conviction s’impose : le marketing durable est le marqueur de la bonne santé des entreprises.
Alors, plutôt que des bonnes résolutions de janvier vite oubliées, je vous propose 5 résolutions marketing durables pour préparer 2026, pensées pour les marketeurs, communicants, dirigeants et managers qui veulent faire mieux : plus sobrement, plus sincèrement et plus durablement.
I. Résolution n°1 : Repenser son marketing mix comme levier de durabilité
-1. Transformer les 4P en preuves d’engagement
Produit, Prix, Place, Promotion. Les fameux 4P du marketing sont souvent appliqués comme des recettes figées. Pourtant, continuer à les utiliser sans les questionner en 2026 revient à mettre un pansement sur une jambe de bois.
Repenser son marketing mix, ce n’est pas réinventer la roue. C’est accepter que chaque P devienne une preuve d’engagement environnemental, social et économique.
« Si votre produit n’a pas d’utilité, il devient un déchet. »
-2. Product : questionner l’utilité et le cycle de vie
Un produit utile est un produit qui a du sens sur le long terme. Cela suppose de s’interroger sur son cycle de vie complet : conception, fabrication, distribution, usage et fin de vie.
Des marques comme 1083, avec sa rubrique seconde vie, ou Veja et Faguo, labellisées B Corp, montrent qu’il est possible de lutter contre la fast fashion en misant sur la transparence, la durabilité et le respect des droits humains.
II. Résolution n°2 : Passer du storytelling au storyproving
-1. Fin des récits creux, place aux preuves
Pendant des années, les marques ont multiplié les récits inspirants sur leur « impact positif ». En 2026, cela ne suffit plus. Les consommateurs attendent des preuves tangibles.
« Compter les likes, c’est bien… compter les impacts, c’est mieux. »
Afficher des chiffres concrets (% de matières recyclées, émissions de CO₂ évitées, durée de vie des produits) devient un impératif.
-2. Exemples inspirants de storyproving
La marque SodaStream annonce avoir remplacé 2,5 milliards de bouteilles plastiques en 10 ans. Ce chiffre devient un pilier de son discours marketing, notamment avec la campagne « Eau revoir aux bouteilles en plastique ».
Le storyproving renforce la crédibilité… à condition de rester vigilant face au greenwashing.
III. Résolution n°3 : Changer ses KPIs pour mesurer l’impact réel
-1. Les limites des indicateurs traditionnels
Clics, vues, impressions, nombre de posts publiés… Ces indicateurs dominent encore les reportings marketing, sans dire grand-chose de l’impact réel.
Piloter uniquement à court terme crée une myopie stratégique.
-2. Intégrer des KPIs RSE au marketing
En 2026, un service marketing ne peut plus ignorer les indicateurs d’impact :
- % de campagnes intégrant au moins un critère RSE,
- nombre de contenus pédagogiques partagés,
- % de supports imprimés éco-conçus (ou évités),
- % d’émissions de CO₂ évitées lors d’événements,
- suppression de pages web obsolètes (sobriété numérique).
Ces KPIs renforcent la confiance, l’engagement interne et la crédibilité externe.
IV. Résolution n°4 : Former les équipes marketing à la RSE
-1. Le marketing comme porte-voix de l’entreprise
La RSE n’est pas réservée au service développement durable. Le marketing est un méga haut-parleur : s’il diffuse des messages incohérents, il fragilise la marque.
Un marketeur en 2026 doit comprendre :
- l’Analyse de Cycle de Vie (ACV),
- les mécanismes du greenwashing,
- la sobriété numérique,
- l’éco-conception des contenus.
« Un marketeur qui ne connaît pas la RSE, c’est comme un cuisinier qui ne respecte pas la saisonnalité. »
-2. Former pour transformer durablement
Formations courtes, ateliers interservices, fresques, ateliers 2 Tonnes ou e-learning (comme AXA Climate School) permettent de faire monter les équipes en compétences et en engagement.
Former, ce n’est pas une dépense : c’est un investissement stratégique.
V. Résolution n°5 : Prendre soin de soi pour durer
-1. Pas de marketing durable sans humains durables
Cette dernière résolution est la plus personnelle… et peut-être la plus essentielle. La fatigue mentale, la charge émotionnelle et le rythme effréné abîment les individus autant que les organisations.
« Le succès n’est pas la clé du bonheur. Le bonheur est la clé du succès. » – Albert Schweitzer
Prendre soin de soi, ce n’est pas un luxe : c’est une condition de performance durable.
-2. Ralentir pour mieux décider
Ralentir, s’accorder des pauses, préserver sa santé mentale permet de redonner du sens à ses décisions. À l’heure de l’IA et de l’accélération permanente, remettre l’humain au cœur devient un acte managérial fort.
Conclusion – Les petits pas alignés font les grandes transformations
Ces 5 résolutions ne sont ni magiques ni faciles. Mais elles ont un point commun : elles reposent sur la cohérence, la sincérité et la durée.
En marketing comme en RSE, ce ne sont pas les grandes annonces qui comptent, mais les petits pas répétés et incarnés.
« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » – Gandhi
Et si vous ne deviez retenir qu’une seule résolution pour 2026, ce serait celle-ci : prendre soin de vous, et oser remettre en question vos habitudes.
Récap – Bonnes pratiques pour dirigeants et managers
- Repenser le marketing comme levier d’utilité collective
- Transformer les 4P en preuves d’engagement
- Passer du discours aux preuves mesurables
- Intégrer des KPIs RSE dans les reportings marketing
- Former les équipes à la RSE et à la sobriété
- Lutter activement contre le greenwashing
- Favoriser des rythmes de travail soutenables
- Valoriser la sobriété plutôt que la dépense
- Mettre l’humain au cœur des décisions
- Avancer par petits pas alignés et cohérents
Retrouvez d’autres épisodes du podcast Markoeur autour du marketing responsable :
- N°1 – Pourquoi un podcast sur le marketing durable : Comprendre les enjeux clés du marketing durable
- N°2 – Marketing mix durable – Partie 1 : Repenser les fondamentaux du marketing responsable
- N°3 – Marketing mix durable – Partie 2 : Appliquer concrètement un marketing plus durable
- N°4 – E-mails responsables : Réduire l’impact environnemental de ses e-mails
- N°6 – Catherine Barba : Indépendants et marketing durable, quels enjeux
- N°11 – Yohann Brisset : Acheter des objets publicitaires vraiment responsables
- N°13 – Étudiants : Le durable face au marketing d’influence
- N°16 – Francisco Serrato : Éco-conception de l’art et respect de la biodiversité
- N°24 – Christophe Alves : Connaissance client et pression marketing responsable
- N°25 – Bureaux responsables : Allier image de marque et éco-aménagement
- N°26 – Claudia Eyschen : Droit et vigilance du marketing responsable
- N°36 – Patrice Laubignat : Consommer moins pour un marketing engagé
- N°51 – Résolutions 2026 : Préparer une année marketing durable

